Nicolas Sarkozy a nommé récemment préfet des Alpes-de-Haute-Provence M. Pierre N’Gahane, d’origine camerounaise. Qu’un noir soit nommé préfet n’aura surpris personne, non seulement parce que compte tenu de la proportion de noirs en France, il est mathématique que l’un d’entre eux au moins soit assez compétent pour assurer de telles fonctions, mais aussi parce que l’élection de Barack Obama laissait Nicolas Sarkozy en reste, malgré ses quelques ministres issus de l’immigration, comme disent les médias. Rappelons en outre que le même Nicolas Sarkozy avait fait nommer Aïssa Dermouche, le premier préfet d’origine maghrébine. A ce rythme, un jour, il célébrera en grande pompe la nomination du premier sous-préfet d’origine afghane.
Je suis frappé, cependant, par le curriculum vitae de ce nouveau préfet. Je ne regrette pas particulièrement qu’il ne soit pas issu directement du sérail : c’est inévitable, pour assurer une égalité des chances que les études supérieures n’assurent plus, si elles l’ont jamais fait. Mais je regrette le manque d’expérience de M. N’Gahane : professeur d’économie – pas grand chose à voir avec la fonction de préfet – il est depuis moins de deux ans préfet délégué à l’Egalité des chances auprès du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il affirme avoir ainsi fait ses preuves “sur le terrain”. L’emploi est certainement passionnant et tout à fait formateur, mais il n’a pas grand chose en commun, à ma connaissance, avec celui d’un préfet, qui assure notamment au quotidien la sécurité des citoyens d’un département entier.
Gageons qu’à la première bavure, au premier faux pas de ce nouveau préfet dans un département où il reconnaît benoîtement n’avoir mis les pieds qu’une fois, les médias sauront se souvenir de cette regrettable inexpérience. M. N’Gahane en sera pour son grade, et il l’aura peut-être mérité. M. Sarkozy s’en tirera par une de ces pirouettes médiatiques dont il a le secret. On se souvient que la nomination de M. Dermouche, déjà, n’avait pas été une réussite. Mme Alliot-Marie aura certainement déjà quitté son poste, de gré ou de force. Mais la diversité du corps préfectoral, elle sera enterrée pour un quinquennat de plus, comme le fut avant elle la parité en politique après l’expérience Cresson, et tant d’autres. C’est dommage, et c’est inquiétant pour notre pays qui a plus besoin d’une véritable égalité des chances que d’une diversité de pacotille.
Publié par thibaudcontamine