Avons nous encore un Premier Ministre ?

Une nouvelle pratique constitutionnelle a pris forme aujourd’hui. Pour la première fois, dans le cadre défini par la réforme constitutionnelle de l’an passé, le Président de la République s’est exprimé devant le Parlement réuni en congrès. En écoutant Nicolas Sarkozy, on ne pouvait que constater qu’il enfilait le double costume de Président de la République et de Premier Ministre. François Fillon, présent à Versailles sans avoir jamais droit à la parole, avait des airs de Pie VII jouant les utilités au couronnement de l’Empereur.

Pour autant, je ne crois pas que le rôle du Premier Ministre en soit anéanti. Le discours de Nicolas Sarkozy fut souvent entrecoupé de “le prochain gouvernement devra …”, et s’est terminé par l’annonce du prochain remaniement. Il avait parfois des tons de lettre de mission à l’attention du futur Premier Ministre. Il m’a ainsi semblé non pas que le Premier Ministre n’existait plus, mais que le Président se plaçait dans le laps de temps précis où le précédent gouvernement a cessé d’être, et où le suivant n’est pas encore nommé. Le Premier Ministre étant nommé au sein de la majorité parlementaire, il est donc légitime que le Président s’exprime devant le Parlement et lui indique la mission qu’il entend donner au futur gouvernement avant de le nommer.

Ce raisonnement, qui consacre plus l’importance du Parlement qu’il ne dévalorise le Premier Ministre, tient presque. Mais il eût alors fallu que le précédent gouvernement ne fut pas présent. C’est peut-être ici la seule erreur de Sarkozy : avoir voulu, pour réaffirmer sa suprématie sur les institutions, que soient présents les membres d’un gouvernement qu’il avait pourtant déjà enterré, puisqu’il n’était question dans son discours que du gouvernement à venir.

Pour compenser ce ridicule, François Fillon aura l’occasion, aprés qu’il aura été confirmé à son poste ce mercredi, de prononcer un nouveau discours de politique générale. Rien ne l’y oblige, ni la Constitution, ni la pratique institutionnelle, qui limite ces discours aux Premiers Ministres nouvellement entrés en fonction. Mais pour rétablir l’équilibre institutionnel, il serait sain que François Fillon s’essaye à un nouveau discours de politique générale, qui répondrait à celui du Président, réaffirmant ainsi la bicéphalie de l’exécutif.

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