Remaniement

C’est à l’usage que l’on jugera ce remaniement ministériel un peu étrange, puisqu’il ne s’agit ni d’un remaniement complet, inutile parce que la majorité a remporté les européennes, ni d’un remaniement a minima, parce que Sarkozy avait besoin de donner corps au changement qu’il a voulu lancer par son discours de lundi. Étrange aussi parce qu’il précède à coup sûr un remaniement plus important qui devrait avoir lieu dans un an, après les régionales, où plusieurs ministres sont candidats. Voici tout de même mes premières impressions.

Premièrement, les bonnes intentions du début de mandat ont disparu : un premier gouvernement à parité avait été difficile à composer, un second aurait été impossible. Ainsi, du côté des ministres féminins, Albanel, Boutin et Dati partent, et seuls deux secrétaires d’Etat arrivent. Ce qui laisse Christine Lagarde, Michèle Alliot-Marie et Valérie Pécresse seuls ministres femmes de plein exercice, pour une douzaine d’hommes. La compétence est récompensée.

L’ouverture, elle, survit un peu mieux : Frédéric Mitterrand et Michel Mercier s’ajoutent aux ministres d’ouverture déjà présents. Mais Michel Mercier sera ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire, titre un peu étrange dont on ne sait pas bien ce qu’il recoupe. Quand aux ministres d’ouverture de la première heure, on les garde parfois pour le décorum, comme Bockel et Létard, tous deux Secrétaires d’Etat sans portefeuille.

Enfin, l’entourage proche de Sarkozy se précise. Tandis que Bertrand est à l’UMP, ce qui laisse imaginer qu’il sera en charge de la campagne présidentielle, et devra miser sur l’après-2012, et que Copé reste à l’Assemblée, Hortefeux et Darcos changent tous deux d’attributions pour prendre une dimension de premier-ministrables. Le premier rejoint le ministère de l’Intérieur dont il a toujours rêvé. Le second suit le parcours de Fillon : Education Nationale, puis Affaires Sociales. Ils ont probablement chacun un an pour faire leurs preuves. A ces deux-là s’ajoutent deux autres poids lourds moins sarkozystes : Borloo, la caution radicale, et Alliot-Marie, la caution gaulliste, sont les deux ministres d’Etat du gouvernement. Ce qui forme un ensemble équilibré et pas mal pensé. Bonnes nouvelles également les départs de Christine Albanel discréditée (mes lecteurs les plus consciencieux se souviennent que j’ai plusieurs fois souhaité son départ) et de Rachida Dati, et le maintien sur la touche de Claude Allègre. Je vais devoir trouver d’autres souffre-douleur.

Au rayon des mauvaises nouvelles, il y a naturellement le cas Estrosi, devenu Secrétaire d’Etat à l’Industrie. En pleine crise, nous avions plus  besoin de véritables spécialistes que d’un Devedjan à la Relance et d’un Estrosi à l’Industrie. C’est dommage, et Christine Lagarde va se trouver bien seule. Mauvaise nouvelle également la suppression du Secrétariat d’Etat à la Fonction Publique d’André Santini (avec une pensée pour Aude S.) : dans un gouvernement pléthorique, avec des Secrétaires d’Etat à gogo, pourquoi n’en avons-nous pas un pour s’occuper de ce qui semble pourtant un des principaux chantiers du quinquennat ? La seule bonne nouvelle en contrepartie, c’est que Frédéric Levebvre, qui était son suppléant, n’est plus député, et va rejoindre Benoît Hamon parmi les chômeurs de la République.

Je relève aussi quelques bizarreries. Certains ministres, comme Brice Hortefeux ou Bruno Le Maire, changent de poste pour moins d’un an, puisqu’ils devraient quitter le gouvernement pour les régionales. Les deux mêmes quittent d’ailleurs un poste qu’ils occupent chacun depuis moins de six mois. Surprenant aussi, le porte-parole du gouvernement : je crains que Luc Chatel, nouveau ministre de l’Education Nationale, ait d’autres chats à fouetter que de s’exprimer sur des sujets qui ne relèvent pas de son portefeuille, et qui risquent d’embrouiller sa communication sur la réforme du lycée plus qu’autre chose. Je doute qu’il conserve longtemps cette double attribution.

Sur le fond, nous avons la confirmation de ce que Nicolas Sarkozy n’a pas une vision claire pour l’Europe. Il a nommé successivement aux Affaires Européennes un haut fonctionnaire de centre gauche, Jean-Pierre Jouyet, qui a remarquablement mené la PFUE, un villepiniste très vite promu, Bruno Le Maire, et désormais un atlantiste patenté, Pierre Lellouche. Le seul point commun entre ces trois là est sans doute de connaître leur sujet sur le bout des doigts, ce qui est certes déjà beaucoup. La mission dévolue à ce portefeuille sous l’ère Sarkozy semple bien être : ayez de l’influence à Bruxelles, je vous dirai qu’en faire le moment venu.

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