La communication d’HEC est prise au piège de ses propres contradictions. D’un côté, en France, le banc et l’arrière-banc sont mobilisés pour répondre au livre de Florence Noiville dont j’ai parlé il y a quelques jours. De l’autre, sur les ondes internationales, la dernière publicité pour HEC fait écho aux plus cupides instincts des futurs étudiants avec un message clair : faire HEC pour gagner plus. Plus bling-bling, tu meurs.
L’école se défend en expliquant que le diplômé présenté dans la publicité refuse des choix de carrière traditionnels pour tracer sa propre route et s’épanouir personnellement. J’espère que la réclame n’a pas réellement été choisie pour ça, parce que la musique, les couleurs, et le tournoiement incessant de l’image occultent entièrement ce message.
Pour une fois, cependant, je n’accablerai pas HEC. Cette contradiction évidente entre la volonté, d’un côté, de ne pas apparaître comme celui par qui la crise est arrivée, et celle, de l’autre, de revenir aussi vite que possible au business as usual n’est pas l’apanage d’HEC, loin s’en faut. Elle est même révélatrice de la façon dont la crise a été traitée par l’ensemble des leaders d’opinions, qu’ils soient médias, hommes politiques ou acteurs économiques. Dans une première phase, alors que la crise financière, qui faisait si peur, n’avait encore eu aucun impact sur l’économie réelle, tous nous prédisaient une crise longue et difficile, qui allait contraindre le capitalisme à se “moraliser”. Rien ne serait jamais plus comme avant, et le G20 de Washington voulu par le président Sarkozy s’engageait sur la piste ambitieuse d’une réforme en profondeur du système financier et de responsabilisation des acteurs du secteur. A cette époque, tandis que les ministres des finances s’échinaient à sauver les banques qui pouvaient l’être, il était payant, du point de vue politique, d’apparaître comme l’adversaire farouche du système qui allait nous précipiter dans le gouffre.
Mais depuis que la crise financière, d’abord cantonnée aux places boursières, s’est muée comme prévu en crise économique mondiale, les beaux discours sur la réforme de l’économie ont laissé place à une seconde phase, faite d’ardents vœux pieux sur la reprise. La priorité n’est plus la régulation du système financier mais le retour à la croissance. Mieux encore, il faut retrouver la croissance plus vite, plus fort que les autres, pour compter parmi les gagnants du cycle économique à venir.
Ce qui peut apparaître comme une contradiction est ainsi plus probablement le signe du passage d’un moment de la crise à un autre. Ce passage est certainement inévitable. Si la crise économique ne doit pas se prolonger, ce que j’espère, il nous permettra même de tirer le meilleur profit de la reprise à venir, et c’est là la stratégie d’HEC. On a assez reproché aux acteurs économiques de n’avoir pas su anticiper la crise ; il serait absurde de leur reprocher d’anticiper la reprise. Mais le premier moment ne doit pas pour autant être enterré. La volonté politique et le souci de l’opinion publique de ne pas laisser se reproduire le scénario que nous avons connu depuis deux ans ne doivent pas faiblir. Faute de quoi les conclusions du récent G20 de Pittsburgh, qui fourmillent de déclarations d’intention mais renvoient à des négociations techniques à venir les détails des mesures de régulation internationales, resteront lettre morte. Et Mme Noiville aura raison.