Depuis bien longtemps, l’évolution du chiffre d’affaires est devenu un critère nettement secondaire d’évaluation de la performance d’une entreprise. Je ne doute pas que mon lecteur prendrait pour un idiot le chef d’entreprise qui concentrerait sa communication financière sur ce seul critère, au détriment de toute rentabilité.C’est pourtant ce que fait le gouvernement. Comme tous les pays du monde, il se préoccupe essentiellement de l’évolution de son PIB, de sa croissance. Or le PIB ne rend pas compte du bonheur des citoyens, ni même de leur qualité de vie. Jusqu’ici, rien d’extraordinaire : c’est même la cause essentielle de la création de l’indicateur IDH (indice de développement humain). Cela dit, vous l’aurez remarqué, on ne juge pas de la réussite du gouvernement à l’aune de la progression de l’IDH, mais bien plus de celle du PIB.
Un certain nombre d’autres aberrations marquent l’usage du PIB comme critère unique de performance. Toute forme de consommation participe du PIB : par exemple, lors d’un accident de voiture, vous allez à l’hôpital, où vous consommez en santé : croissance. Puis vous rachetez une voiture : encore croissance. Enfin, vous bénéficiez d’une assurance que vous avez financée : toujours croissance. Bref, l’existence d’accidents de voiture est un facteur de croissance non négligeable. De façon plus générale, plus philosophique même, le bonheur, qui suppose de ne pas ressentir de besoin supplémentaire, est contraire à la croissance ! Heureusement, il y a plus de citoyens qui consomment dans l’espoir d’être heureux que de citoyens réellement heureux de ce qu’ils ont.
Constatant l’échec des indicateurs non économiques comme l’IDH, peut-on alors améliorer la définition de cet indicateur de création de richesse nationale qu’est le PIB pour se rapprocher d’un indicateur optimal ?
Il est frappant de constater que la nation, si elle dispose d’un compte de résultat à peu près bien établi, ne dispose d’aucun bilan. Difficile, me direz-vous d’évaluer l’actif d’une nation. Vous aurez raison. Mais tout de même : si les pêcheurs bretons pêchent plus de poisson qu’il n’est raisonnable à long terme pour préserver l’écosystème, cela provoque une dépréciation considérable de l’actif national, qui n’est enregistré nulle part. En d’autres termes, l’extraction des ressources naturelles nationales ne constitue pas en soi une valeur ajoutée. Prenons un exemple simple : quand une monarchie du Golfe s’assure un niveau de vie élevé « grâce au pétrole », tout ce qu’elle fait d’un point de vue comptable, c’est vendre son actif, et utiliser la trésorerie qui en résulte pour faire des dépenses courantes. C’est à dire, financièrement, s’assurer un résultat net considérablement négatif.
Je n’écris pas ici qu’il ne faut pas exploiter les ressources naturelles, loin de là : il n’est pas toujours absurde, loin de là, pour une entreprise de vendre un actif, pour diverses raisons que vous connaissez. Mais je soutiens que l’incapacité à considérer ainsi les comptes de la nation dans tous les pays du globe est une des causes essentielles de l’explosion de la consommation de matières premières, avec les limites que nous connaissons aujourd’hui. Plus exactement, cette vision aurait été susceptible d’éviter largement cette surconsommation.
Dans ces conditions, que peut-on faire ? Comment peut-on améliorer cet indicateur qu’est le PIB ? Etablir le bilan est illusoire. Cependant, peut-on calculer le « profit » de la nation ?
Les produits sont égaux au PIB, cela va de soi.
Que sont les charges de la nation ? Essentiellement les suivantes :
- Les importations, qui sont déjà évaluées par la comptabilité nationale classique.
- La consommation des ressources non renouvelables de la nation (vente d’actifs). Leur valeur de marché est simple à calculer pour des matières premières classiques. Elle l’est moins par exemple pour les poissons, puisqu’ils ont une valeur faible tant que le nombre prélevé est inférieur au seuil de renouvellement des générations, mais élevée au-delà. Toutefois, le total de la valeur de ces consommations peut être évalué. Dans l’idéal, nous devrions pouvoir ajouter à ce poste une sorte de valorisation de l’oxygène consommé/produit, ou des émissions de gaz à effet de serre, considérant que non seulement les richesses du sol, mais aussi celles de l’air sont nationales. Mais dans un premier temps, il vaut peut-être mieux ne pas chercher à ne pas valoriser l’air !
- Les dépréciations d’actifs (produits durables jetés) et consommations courantes : si on souhaite calculer effectivement l’accumulation de richesse nationale, il faut comptabiliser ces postes comme charges. S’agissant des consommations courantes (nourriture, services, …), elles font partie de l’évaluation du niveau de vie. Il me semble donc que l’on devrait les exclure des charges. Inversement, l’ensemble des déchets (qu’ils soient durables (machines,…) ou non (emballages)) doivent être considérées comme des charges. Reste alors le problème de l’évaluation de la valeur de ces déchets. Pour les entreprises, il suffit de reprendre leurs comptes détaillés pour connaître le montant de leurs achats matériels et de leurs actifs jetés. Pour les ménages, c’est plus compliqué : à supposer que nous soyons bientôt facturés au poids de nos déchets (comme en Suisse, je crois), un simple échantillonnage permettra d’évaluer leur valeur totale.
Ainsi, on peut calculer un indicateur qui pourrait être qualifié de produit durable net. A terme, à condition de mettre en place les outils ad hoc son évaluation doit pouvoir devenir suffisamment simple pour être véritablement précise et significative.
Toutes remarques sont les bienvenues, d’autant plus qu’il ne s’agit là que d’un brouillon, d’une idée !
Offre d’emploi : cherche étudiant en économie pour faire de ce calcul un sujet de mémoire !!Edit, 08.01.2008 : Sarko, ce matin : “Nous ne pouvons pas espérer changer nos comportements et nos façons de pensée si nos critères de la richesse restent les mêmes. Nous avons besoin de prendre en compte la qualité et pas seulement la quantité pour favoriser un autre type de croissance. Il faut changer notre instrument de mesure de la croissance.” Je pense comme Guaino, maintenant, c’est inquiétant !
Publié par thibaudcontamine